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ERNESTO DJEDJE, À JAMAIS DANS NOS MÉMOIRES

6 mois ago
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Ernest Djédjé Blé Loué est né en 1947 en pays Bétés en Côte d’Ivoire dans le village de Tahiraguhé proche de la ville de Daloa , Ernest sera élevé du côté de sa famille maternelle, par sa mère Dapia Blé, fonctionnaire de l’église Baptiste « œuvre et missions » de la localité et par son oncle Blé Loué, dont il héritera du nom de famille. « Djédjé » signifie « iroko », un bois sacré servant à invoquer la protection des ancêtres en bété. Il porte ce nom car à sa naissance, Ernest représentait l’espoir de la famille.

Dès l’âge de dix ans, Ernest Djédjé est initié au « Tohourou », un rythme traditionnel du terroir bété, dans l’ouest ivoirien. étymologiquement, le « Tohourou » provenant du mot guéré (ethnie Ouest-ivoirienne) « Athônô wrhou » signifie en français « raconte moi l’histoire, apprends moi l’histoire »6. Ainsi, Ernest Djédjé travaille très tôt sa voix et développe ses capacités de poète lyrique. Le « Tohourou » sera d’ailleurs l’une des origines du ziglibithy.

Débuts : les premières expériences (1963-1968)

Ernest Djédjé monte en 1963 avec son ami Mamadou Kanté, un orchestre de fortune dénommé « Les Antilopes »7. Il acquiert ainsi une certaine expérience musicale notamment dans le maniement de la guitare2. Le groupe fait des prestations, des concerts dans l’agglomération de Daloa et dans tout l’ouest ivoirien. En 1965 à Vavoua, l’artiste Amédée Pierre, originaire lui aussi de l’ouest, découvre Ernest et repère en lui un musicien talentueux. Amédée Pierre recrute le jeune adolescent Ernest Djédjé et son ami Mamadou Kanté dans son orchestre « Ivoiro-Star »2. De 1965 à 1968, il sera le chef d’orchestre de l’« Ivoiro-Star Band ». C’est dans cet orchestre, qu’il apprend à jouer de la guitare métallique tandis que Mamadou Kanté apprend à jouer à la contrebasse8.

L’exode ambitieux (1968-1973)

Paris, où vécut Ernesto Djédjé. En 1968, alors que rares sont les artistes diplômés en Côte d’Ivoire, il est détenteur du BEPC et décide d’émigrer vers la France. Il devient ainsi l’un des rares immigrés en France originaire de la Côte d’Ivoire dans les années 19609.

En France, il étudie l’Informatique. Il revient dans son pays d’origine pour un temps assez bref. Emmanuel Dioulo l’embauche en qualité de responsable culturel à l’Autorité pour l’aménagement de la région du sud-ouest (ARSO) à San-Pédro. Avec l’aide d’Emmanuel Dioulo, il crée le « San-Pédro Orchestra ». Quelques mois plus tard, après un passage à Abidjan, il rejoint à nouveau la France.

Toujours passionné de musique, en France, il fait la rencontre de futurs célébrités de la musique africaine tels Manu Dibango, Anouma Brou Félix et François Lougah. Avec leur collaboration et notamment celle de Manu Dibango à l’arrangement, il enregistre son premier album intitulé Anowa en 19703, un 45 tours fait de Soul, de Rhythm and blues et de Jerk dance7. Un an plus tard, il sort sa troisième œuvre discographique dénommée N’wawuile/N’koiyeme avec l’orchestre Reeba.

Il entre en conflit avec Amédée Pierre en raison de sa rupture avec l’« Ivoiro-Star ». Amédée Pierre n’étant pas au courant du départ de Ernesto Djédjé en France, le rencontre avec surprise au bal du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI) à Metz (France) en 1972. Amédée Pierre étant en tournée en France pour six mois, décide d’engager à nouveau Ernesto Djédjé au sein de l’« Ivoiro-Star Band ». Mais Ernesto Djédjé ne jouera qu’un des concerts d’Amédée Pierre, laissant la place de guitariste à Pascal Dido au sein de l’orchestre. Ernesto Djédjé préfère s’installer à Paris, se retrouvant une seconde fois en situation conflictuelle avec Amédée Pierre. En 1973, il enregistre l’album Mamadou Coulibaly et son 6e album, toujours en France du nom de Zokou Gbeuly. Ces six opus sont bien accueillis au niveau de la Côte d’Ivoire2. Cette même année, il décide de rentrer en Côte d’Ivoire.

Le retour (1973)

Masque Bété. Le « Glhé » (danse du masque) est l’une des origines du ziglibithy
À son retour, Ernesto Djédjé ne délaisse pas le domaine musical. Il veut révolutionner la musique ivoirienne en mélangeant disco dance de l’occident, Rumba de Cuba, le Makossa d’Afrique centrale avec la musique traditionnelle ivoirienne. Certains parlent d’Afrobeat ou Afro funk. Commence alors tout une période de recherche pour moderniser la musique ivoirienne. Ernesto Djédjé revient à ses premières amours : « la musique de recherche » piochée dans la tradition. En 1975, il sort l’album Aguissè.

En voyage au Nigeria, il découvre l’Afrobeat de Fela Anikulapo Kuti, musique issue de rythmes traditionnels yoruba, fortement imprégnée de funk, jazz et highlife. Un style musical qui colle à ses envies. Il se sent enfin capable d’allier danse Bété et Disco conjugués aux chants lyriques « Tohourou » et Rythmes and Blues sur ses propres solos de guitare avec fond de percussion du terroir ivoirien. Nait ainsi le ziglibithy, sa création par excellence dont il deviendra « Le Roi », comme le furent Michael Jackson pour la pop et Elvis Presley pour le rock ‘n’ roll.

En 1977, avec la collaboration du plus puissant producteur ivoirien de l’époque, Raïmi Gbadamassi, dit Badmos, (créateur de Badmos Store) et de Makainos11, après 6 mois de studio, Ernesto Djédjé sort son premier 33 tours, un album monumental enregistré à Lagos au Nigeria d’où va naître le tube international Ziboté qui le place au-devant de la scène.

Le 9 juin 1983, un jour où sur la Côte d’Ivoire un soleil radieux irradiait notre si bel eldorado soudé comme les doigts de la main, et comme si le ciel nous tombait sur la tête, on a arrêté brusquement l’émission télé pour annoncer le décès d’une sommité de la musique ivoirienne. Ernesto Djédjé venait de rendre l’âme à l’hôpital général de Yamoussoukro.

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