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Le Kômian en pays Agni

2 ans ago
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En langage Akan, et plus particulièrement en Agni et en Baoulé, ce vocable se prononce de deux manières : Kômian ou Kômien (Kↄmian, Kↄmiɛn). Il revêt un double sens : en effet, le vocable Kômian ou Kômien pourrait se décomposer de la façon suivant : « Kô » (va) et « mian »  « quand tu te retrouves dans les problèmes » ou plus spécifiquement, « vas le consulter quand tu te retrouves dans des problèmes » « Kô » (va) et « mien » (Seigneur, Dieu) ou alors, « vas vers Dieu » cela pourrait signifier dans un premier temps: « kô mien i wun lô » « va vers Dieu ».

Aucune société humaine ne nie l’existence de prêtres ou prêtresses, interprètes entre deux mondes, celui des humains et celui des ancêtres. Ces derniers, véritables gardiens, sont les protecteurs de l’équilibre et la pérennisation de la société. Par cette fonction spirituelle, ils détiennent des pouvoirs mystiques, surnaturelles parfois et la capacité de chasser les esprits mauvais et les démons, d’anticiper sur les calamités censées s’abattre sur la société pour les annihiler ou les neutraliser.

Pour Jean-Marie Adiaffi, « le Kômian est une notion akan désignant ce que l’on appelait dans l’Égypte ancienne les Oracles. Kômien est un lexème akan signifiant prêtre ou prêtresse de divination. » Et pour professeur Kakou Bi Parfait Diandué, « le Kômien a par exemple constitué la base de la philosophie « bossonniste » de Jean-Marie Adiaffi (…). Il est le lien entre la société des vivants et celle des morts. » (Diandué, 2013, p. 60)

On ne va vers Dieu que lorsqu’on a des problèmes à résoudre. On prie Dieu ou on se confie réellement à lui que pour qu’il nous aide à réussir, à sortir de nos problèmes. Aller vers Dieu ne peut se faire physiquement, puisque l’homme ne peut avoir accès à Dieu directement. Il va donc vers Dieu au travers des esprits, des génies, des bossons. C’est ce qui pourrait se traduire dans la bible quand Jésus s’adresse à son peuple en disant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au père que par moi » (Jean 14 :6). Je précise que les baoulé disent Kômian ou Kômien. La prononciation «  Kômien » est spécifique en pays Agba (le sous-groupe le plus nombreux chez les Baoulé). Pris dans ce sens, le Kômian ou Kômien a une mission divine.

Kômian ou Kômien signifie également « quand on est dans les problèmes, dans les cordes, quand on est coincé. », autrement « ô mi n’ga ô ko mian ou ô mi n’ga a ko mian. » Donc, l’on ne doit logiquement consulter le Kↄmian que quand on a des problèmes, des soucis pour demander à ce dernier d’intercéder auprès de Dieu, via les esprits, afin qu’il vienne à son secours.

Selon Jean-Marie Adiaffi, il y a d’abord l’esprit suprême, le Dieu incréé, Gnamien kpli, « le Dieu unique tout puissant, Gnamien, Lago, unique créateur du ciel et de la terre » (J. M. Adiaffi, 2000, p. 109). Le philosophe Boa Thiemelé précise que : « Dans la pensée akan, il n’y a qu’un seul Dieu, Gnamien kpli. » (T. R. Boa, 2010, p. 52) Ensuite surviennent les Bossons et les Kômians. Les Bossons sont : « les gouverneurs de la terre, les gestionnaires invisibles de la terre, génies intermédiaires entre Dieu et les hommes, porte-cannes de Gnamien-Dieu sur terre » (J. M. Adiaffi, 2000, p. 213).

            Si nous nous en tenons à la définition du terme Kômian, c’est-à-dire « quand tu te retrouves dans les problèmes, dans une situation insoluble« , la question qui nous saute à l’esprit est de savoir : qui se retrouve dans les problèmes, et qui va vers qui ou du moins, qui sollicite qui et pourquoi ? cette interrogation nous amène à situer la chose spirituelle dans son contexte pour comprendre le rôle de chaque acteur social et dégager  les responsabilités qui en découlent. Ici, c’est la communauté qui va vers le Kômian, qui représente pour elle, le sauveur. Nous sommes donc dans un schéma où c’est le simple citoyen, le peuple, la communauté qui se retrouve dans des problèmes, parfois même insolubles et qui sollicite le Kômian en dernier recours, comme le saint sauveur, le christ de la bible. Il y a aussi qu’à travers l’art divinatoire le Kômian a le don de prédire l’avenir, d’anticiper sur les événements fâcheux qui doivent ébranler la communauté, au sein de laquelle la mission divine a conduit. Alors, il prend une longueur d’avance sur cette communauté en allant vers Dieu, au travers des esprits parce que dans une certaine mesure, si la communauté se retrouve dans une situation qui doit l’ébranler, lui également se sent concerné puisqu’il fait partie de cette communauté avec laquelle il fait un. Donc à travers les esprits, il va demander l’aide de Dieu afin de pouvoir résoudre la situation en question.

En conclusion, nos langues traduisent textuellement notre vécu social et obéit à une logique de satisfaction de l’homme dans sa société et sa quête d’une vision harmonieuse de la société comme l’avait prévu Dieu à la création de l’humanité. Le Kômian ou Kômien n’est donc pas aussi négatif et nuisible comme l’ont tenté de nous faire avaler les religions importées depuis l’occident et l’orient.

Dr Yapi Michel

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